Translate

lundi 15 octobre 2012

Anonymat par Fabian Charles

                                    http://livre.fnac.com/a4819530/Charles-Fabian-Anonymat
                                                           Publié à L'Harmattan 2012
                                                   Disponible fnac, amazon.fr, chapitre.com




Le poète sans âge : Fabian Charles
Né à Port-au-Prince, Fabian Charles a à peine une vingtaine d’années, mais cela est une pure supposition… Il n’aime pas donner sa date de naissance ; on dirait même qu’il ne veut qu’on sache rien de lui en tant que personne : cela se base sur un choix idéologique, celui dicté par la conviction qu'on n’est pas déterminé par son âge, son sexe ou son origine, ce ne sont pas ces éléments qui font l'identité d'une personne. Alors exit pour le commentateur toute tentative d’expliquer, interpréter, conjecturer l’œuvre à partir des éléments de contexte qui lui sont extérieurs. Ambitieux projet d’écrivain, qui se pose devant ses lecteurs et ses critiques, même pas nu comme tant d’auteurs soi disant épris de la volonté de dépouillement mais comme transparent, invisible, anonyme…


Il a dit:
 « Ma vie est composé de si peu d'éléments concrets, je sens pourtant qu'il y a longtemps que je vis. J'ai été élevé dans une grande famille très chrétienne, mais aussi une famille où pratiquement chacun de mes parents ont occupé de grandes fonctions. Du coté de ma mère mon arrière grand père a refusé le poste de président qu'on lui avait proposé et qu'il était censé occuper après un coup d'état, puisqu'il était président de la cour de cassation et que c'était lui la personne légale qui devrait remplacer le président démis. Son fils a été ministre de tous les présidents haïtiens de la fin du vingtième siècle, et surtout de François Duvalier, il me racontait chaque soir autour d’un verre de lait chaud et de pains toastés ce qui se passait à cette époque. Du coté de mon père une famille nombreuse qui a surtout vécu dans les provinces et qui ont migré vers la capitale après que mon grand père, qui était préfet de la petite ville de l'Anse à Veau, a été évacué par un homme extrêmement corrompu. Mon père lui est capital dans mon histoire parce qu'il a été un leader de gauche qui a participé à la chute de Duvalier, qu'il était d’abord un fervent partisan d'Aristide, qu'il est devenu l'un de ses ministres rebelles et qui a connu la grande déception comme tant d'autres. Les femmes dans la famille étaient surtout de ferventes défenseuses de la chrétienté et ont connu de grandes réussites académiques, dans le professorat aussi. Il y avait beaucoup de débat dans la famille et j'ai connu beaucoup de mouvements sociaux… » (sourcesDana Shishmanian)

dimanche 14 octobre 2012

LES ENJEUX DE LA CREOLITE


LES ENJEUX DE LA CREOLITE

CONFERENCE D’Ernest PEPIN





              Lorsqu’il advint à Jean BERNABE, Patrick CHAMOISEAU et Raphaël CONFIANT d’écrire Eloge de la Créolité en 1989, il y eut beaucoup de remous de bruits et de fureurs.

              Comment s’écria-t’on ! Qu’est-ce que c’est que ce néologisme ? D’évidence la créolité ne pouvait qu’être suspecte d’un péché mortel, dans la mesure où le mot « créole » n’évoquait pour les antillais franco-créolophones que deux réalités, toutes deux honteusement assumées : celle de la langue créole et celle de l’ethno-classe « békés » ou « blanc-pays ».

              Ainsi admettait-on, sans difficulté aucune, que Joséphine de Beauharnais et Saint-John PERSE eussent pu se réclamer d’une quelconque « créolité » mais l’on s’offusquait à l’idée de petits-fils d’esclaves, des négros-africains, des néo-africains, des « blacks » pussent eux aussi se proclamer « créoles ».

              N’y avait-il pas là imposture, falsification ou pour le moins trahison à l’égard des racines, reniement malvenu des origines ? N’était ce pas là régression coupable vers la maladie infantile de ‘exotisme au rebours des fulgurances telluriques, volcaniques d’un Aimé CESAIRE ou des salutaires et thérapeutiques analyses d’un Frants FANON ? E, qu’il est, l’antillanité telle que définie par Edouard GLISSANT, ne suffisait-elle pas à dire « l’en-bas du plus profond de nous-mêmes ».

              Et puis surtout n’avions nous pas, avec la négritude, proposé l’indépassable théorie de notre identité ?

              Car c’est de cela qu’il s’agit pour nous autres, peuple bâtard au visage brouillé par d’inédits métissages, peuple déporté à l’esprit taraudé par de multiples aliénations, peuple en gestation dont l’aller se perd dans de sinueuses combinaisons, si sinueuses et si combinées, qu’elle prend la forme d’un retour obligé vers la transparence perdue de nos pays natals.

              A en croire les signataires de l’Eloge il est question de «réenclencher notre potentiel créatif » de « retrouver une expression plus juste » et « une esthétique plus vraie », d’arpenter « l’écologie et le champ antillais », de saborder nos tropismes d’extériorité (extériorité d’aspirations (l’Afrique), de l’expression de la révolte (le Nègre), d’affirmation de soi (Nous sommes des africains) en une phrase de « comprendre ce qu’est l’antillais »)

              Généreux postulats pour atteindre le dévoilement d’un réel recouvert par toutes les cendres de nos errances et par toutes les scarifications de nos marronnages !

              Mais comment faire ?

              Toute pensée suppose des assises et nécessite des leviers, propose des démarches, des procédures, des procédés élucidants.

              Eh bien voilà ! La « vision intérieure », « l’acceptation de soi » sont les leviers.
« réapprendre à visualiser nos profondeurs. Réapprendre à regarder positivement ce qui palpite autour de nous ». Voilà la démarche !

              « La vision intérieure défait d’abord la vieille imagerie française qui nous tapisse et nous restitue à nous mêmes en une mosaïque renouvelée par  l’autonomie de ses éléments, leur imprévisibilité, leurs résonances devenues mystérieuses ».

              Il s’agit en clair de revenir à notre imaginaire de décoloniser notre imaginaire et d’assumer notre richesse bilingue.
             
              Mais dira t-on, la négritude n’a jamais dit autre choses et de surcroît elle a l’incontestable mérite de l’avoir dit la première !

              Eh bien ou c’est vrai ! Les objectifs affichés et proclamés sont quasiment les mêmes c’est l’optique qui change. Le grand cri nègre avait eu pour ambition de réhabiliter l’homme noir et les cultures négro-africaines. Ce fut magistralement fait quoique non sans quelques controverses retentissantes. Cela correspondait à la nécessité d’asseoir un vaste mouvement de décolonisation sur le trône royal du droit à la différence. Mais depuis les empires coloniaux se sont morcelés en Etats-Nations et ils ont pris, chacun à leur manière la route des arrivées. Si bien qu’il a fallu arrimer la question de l’identité culturelle non pas à une conception globalisante mais à des conceptions spécifiques rendant compte des situations particulières.

              Longtemps l’identité s’est décliné sur le mon de l’Un. Une langue, un territoire, une religion, une histoire, une racine unique. Multiculturels nous en venons à une approche polycentrique où il est question d’identité-mosaïque confortée par des langues, des langages, des lieux, des systèmes de pensée, des histoires se fécondant et dénouant l’imprévisible. Une identité de cohabitation s’impose à nous en nous suggérant de rejeter les exclusives de l’Un et ses exclusions militantes. C’est de ce terreau là que vient la créolité non pas comme une anti-négritude mais comme un élargissement de la trouée initiale à notre monde tel qu’il est, comme un éclairage révélateur de notre réalité composite.

              En littérature, la créolité exhume l’oralité enfouies (contes, chants, proverbes, jeux de mots) porteuse de contre-valeurs et de contre-culture. Elle s’arc-boute sur la mémoire vraie en urgence d’un cheminement plus adéquat à notre espace-temps (en revisitant les systèmes de datation, de positionnement dans l’espace, de lisibilité de l’obscur) et tout cela en divergence d’avec les chroniques coloniales.

              Elle renifle l’existence en situation (marchés, veillées, lewoz, lolos, croyances, approches de séduction, etc…) pour y déceler la trace du projet contrarié voire étouffé..

              Elle plonge dans la modernité « créolisée » du monde et s’appuie le bras créateur de la langue créole.

              « Le poète créole, le romancier créole, d’expression créole, devra dans le même allant, être le récolteur de la parole ancestrale, le jardinier des vocables nouveaux, le découvreur de la créolité du créole ».

              Ceci suppose que notre rapport à la langue prenne en compte l’esprit des langues dans une dynamique créatrice et hors tout fétichisme réducteur.

              Par ce rapport aux langues qui vaut aussi pour la relation aux cultures la créolité redécouvre une autre histoire du monde conjuguée au pluriel : ce sont les créolités antérieures « égyptiennes, grecques, chinoises, hindous, africaines » qui ont accouché du monde. Ce sont les créolités d’aujourd’hui qui mettent en chantier le monde de demain.

              Ceci étant compris, comment cela s’épelle t-il dans la création littéraire ?

              Il est bon de rappeler l’extraordinaire support théorique fourni par Edouard GLISSANT non seulement comme essayiste mais encore comme romancier, poète et dramaturge. Edouard GLISSANT a « rapatrié » notre théorie de la littérature en explorant tous les en-dessous, tous les non-dits, toute la trame souterraine de notre entour antillais et caribéen. Faut-il citer « Le Discours Antillais », « Le Quatrième Siècle », « Malemort » ? Le mérite incontestable d’Edouard GLISSANT est d’avoir fourni aux générations présentes et futures une approche recentrée de la lecture de la culture antillaise et surtout de la littérature antillaise créole. En lieu et place de l’Afrique comme matrice fondamentale il a proposé la créativité inachevée et imprévisible de l’espace historique, géographique et anthropologique de la société créole en enracinant le « point de vue » et en défrichant une sémiologie de nous mêmes. Le monde antillais vécu comme invalide et anormal prit tout soudainement non pas une logique mais une intelligibilité. Nos cases, nos mornes, nos hauteurs, nos croyances, notre parler, nos langages en un mot notre présence au monde, revisitée par « la vision prophétique du passé » reprirent densité et éloquence.

              On ne peut comprendre la littérature de la créolité sans intégrer l’apport et le support d’Edouard GLISSANT.

              Si l’on prend « Texaco », on s’aperçoit qu’il y a la proposition d’une nouvelle lecture de l’histoire et surtout de l’organisation de l’espace et de la sédimentation sociale.

              Le regard traditionnel aurait lu Texaco comme une excroissance de la marginalité, une excroissance insupportable qu’il faudrait  faire revenir à la norme urbaine à partir de concepts occidentaux, notamment à partir d’un ordre figé ou l’individualisme fleurit et où l’esprit créole est évacué. Chamoiseau s’oppose à cette vision en nous montrant l’en-bas feuilles. Ce qui est à l’œuvre dans les entrailles de cette micro société. Ce qu’elle nous révèle et nous enseigne sur notre adaptation historique à l’içi-dans nous mêmes. Une temporalité non répertoriée (temps du bois-caisse, du fibro-ciment, etc…), une nouvelle lecture des filiations historiques allant des mornes à l’en-ville. Toute une résistance en travail, toute une stratégie de cohabitation, de maîtrise des lieux et de sa sociologie d’où émerge une créativité ou une création humaine tout à fait remarquable. Bien sûr cela mobilise une transcription littéraire inédite et une mise en scène du discours originale.

              Il en va de même chez Raphaël CONFIANT où par exemple « Le nègre et l’Amiral » décode et encode le vécu martiniquais de la période de l‘Amiral Robert. Là encore, à travers le récit, c’est la culture créole qui est la matière première du roman.

              « La grande drive des esprits » veut sonder notre imaginaire, notre relation aux notions de fatalité, de destinée, de réalité, de surréalité et surnaturalité à travers un jeu complexe de va et vient entre réel et irréel, tradition et modernité.

              « L’Homme-au-bâton » tente de mettre à nu le discours de l’imaginaire créole comme construction compensatoire aux manques du réel mais aussi comme projection d’une identité mosaïque.

              L’enjeu littéraire de la créolité est fondamentalement de revisiter la langue, l’esthétique du récit, l’orchestration des évènements et des lieux à partir du postulat plurielle de l’identité et partant de revaloriser les pistes fragiles tracées par l’ingénieuse et subtile architecture née de l’esprit créole.

              Mais tout cela ne se limite aucunement à la littérature. C’est un chantier ouvert aux données économiques, sociales et politiques. Il s’agit en fait de valider et de faire fructifier toutes les stratégies bricolées par nos peuples pour répondre aux exigences de leur histoire spécifique.

              Que pouvons nous faire aujourd’hui avec la manière créole d’aborder l’économie ?

              Que pouvons nous faire avec la manière créole d’aborder les relations sociales ?

              Que pouvons nous faire avec la manière créole d’aborder la politique ?

              Quel monde devons nous bâtir en tenant compte de ces données, voilà je crois l’enjeu de la créolité.

lundi 8 octobre 2012

Eugène Bullard de Claude Ribbe



La vie d'Eugène Bullard (1895-1961), aviateur afro-américain, jazzman, activiste et francophile, est une suite ininterrompue de défis et de luttes contre les préjugés raciaux. Né dans la Géorgie ségrégationniste de la fin du XIXe siècle, le jeune Bullard, traumatisé par une tentative de lynchage visant son père, s'enfuit en clandestin sur un steamer en partance vers une Europe qu'il idéalise.
Pour survivre, le voilà cible vivante dans une foire, artiste de music-hall, boxeur, avant de plonger dans le Paris de la Belle Époque au moment même où l'Europe s'embrase. C'est la Première Guerre mondiale.
D'abord engagé dans la Légion et frère d'armes du peintre Kisling, Bullard, blessé à Verdun, rejoint l'aviation française et devient l'un des premiers pilotes militaires noirs de l'histoire. Il participe ensuite à l'aventure du jazz à Montmartre puis connaîtra, sur fond de charleston, une trépidante histoire d'amour. Agent des services français de contre-espionnage, il quittera la France à l'arrivée des nazis et se construira une nouvelle vie à New York.
Un récit flamboyant et exaltant où l'on croise Charles de Gaulle, Biaise Cendrars, Charles Nungesser, Sidney Bechet, Joséphine Baker, des héros et des salauds.(source amazon.fr)





Photo stbart.canalblog.com



Claude Ribbe, écrivain et cinéaste, est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages - documents ou fictions - évoquant les grandes figures de l'histoire de la diversité. Eugène Bullard fait dès à présent l'objet d'une adaptation pour la télévision









Tais-toi et meurs d' Alain Mabanckou




photo Express.fr

Appelez-moi «José Mon fort»

Je m'appelle Julien Makambo. Pendant les semaines qui ont suivi mon arrestation, et même bien avant, lorsque j'étais encore en cavale, ma tronche et mon autre nom, José Montfort, ont occupé la une de la plupart des journaux de France et de Navarre. Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie «les ennuis». J'ignore ce qui avait piqué mes parents pour m'attribuer un tel nom qui n'est d'ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d'un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu'on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m'étais pas rendu au restaurant L'Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu'il qualifiait alors de «type très important» venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu'on s'appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples.



Quand on vient me tirer de la cellule pour les interrogatoires devant le juge d'instruction ou pour les entretiens avec mon avocat commis d'office, j'ai presque envie de demander aux gardiens pourquoi ils sont aussi nombreux à m'entourer, comme si j'étais ce célèbre Guy Georges, le meurtrier qui sévissait dans l'Est de Paris, qui violait, puis tuait certaines femmes dans les parkings. Je ne suis pas non plus un de ces tueurs en série qu'on voit dans les films américains et qui sont emprisonnés à AJcatraz. Ceux-là sont surveillés sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et on ne les libère jamais, pas question de les voir recommencer leur entreprise maléfique de destruction du genre humain - ce que d'ailleurs ce Guy Georges faisait chaque fois qu'il sortait de prison. Je cite ce nom parce qu'un détenu d'une des cellules du fond du couloir m'a laissé entendre un jour que je ressemblais à ce criminel et qu'avec ma tête «bizarre» - je reprends son mot -même un aveugle dirait sans risque de se tromper que je suis un tueur-né, un tueur de la trempe de ceux qu'on voit dans les fdms. Des propos de ce genre m'horripilent évidemment. Les gens sont trop influencés par le cinéma et ignorent qu'en général, dans ces fictions, on prend un fait divers qui a marqué le pays, on tire sur les ficelles, on ajoute de la musique pour l'ambiance, et on nous montre une famille de classe moyenne dans un quartier tranquille avec des enfants aussi beaux que les nôtres. Dans un flash-back en noir et blanc, on nous apprend que le criminel en question a eu une enfance difficile, qu'il a commencé par dépecer les rats et les écureuils dans le jardin de ses parents avant de transposer ses pulsions criminelles sur la société. Ce vilain personnage de cinéma s'introduit par l'arrière de la résidence, il entre dans le salon pendant que la famille dort profondément et se livre à un carnage avec une froideur de robot bien programmé. Après sa besogne, il disparaît, mais reprend vite son activité diabolique dans un autre quartier, laissant aux policiers désemparés quelques indices qu'on n'arrivera à recouper que quelques mois, voire quelques années plus tard.
Moi je ne suis pas de ce monde-là. Ma vie n'est pas une fiction, et mon histoire relève bien de la réalité. (Source amazon.fr)




video découverte





Rue des Syriens de Raphael Confiant

SELECTION PRIX CARBET DES LYCEES 2013

Wadi stationnait aux pieds du Christ-roi, tenant d'une main une valise fatiguée, de l'autre un journal avec lequel il tentait de se protéger de la férocité du soleil tropical. Tout autour s'agitaient marchandes de légumes, débardeurs, djobeurs poussant leurs charrettes à bras hétéroclites, chauffeurs de taxi-pays qui jargouinaient sans arrêt dans une langue pour lui incompréhensible. Il s'étonnait qu'ils fussent pour la plupart d'un noir d'ébène, hormis quelques visages couleur de miel. Soudain, un gamin rieur le tira par la manche :
 «La Syrie, tu vas fondre sur toi-même, oui ! Ha-ha-ha !»

À la fin du XIXe siècle, des centaines de milliers d'habitants issus des pays du Levant - Syrie, Palestine, Liban et Jordanie - émigrèrent en Amérique du Sud et dans l'archipel des Antilles. Ils furent désignés sous le nom générique de «Syriens». Wadi est l'un d'eux. Quand il débarque à Fort-de-France dans les années 1920, le dépaysement est total. Il est à la recherche de son oncle Bachar, qui l'a précédé en Martinique au début du siècle. Wadi a tout à construire dans ce nouveau pays où il va vivre de multiples aventures et croiser de nombreux personnages :
 Fanotte la superbe et fantasque revendeuse, Bec-en-Or le crieur de magasin, Ti Momo le fier-à-bras amateur de combats de coqs, des maîtres en sorcellerie, un boutiquier chinois, un prêtre hindou, et bien d'autres encore, caractéristiques du melting-pot antillais... 
En célébrant l'épopée des Levantins à la Martinique, Rue des Syriens est aussi un grand roman sur l'intégration qui plaide pour une identité-mosaïque.





RUE DES SYRIENS AUX EDITIONS MERCURE DE FRANCE

Les Immortelles de Makenzy Orcel




Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L’une d’elles, la narratrice qui ravale son nom, prend à parti l’inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu’il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l’histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton de Port-au-Prince. D’une surtout : la Petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d’une passion dévorante pour les livres, pour Jacques Stephen Alexis surtout, l’immense écrivain qui fait battre le coeur d’Haïti. « La Petite. Elle aimait les livres d’un amour fou. D’un amour du jamais vu… » Shakira la révoltée devenue la plus convoitée des putains de la Grand-Rue. 







Avec ce roman de feu, qui marie le Ciel et l’Enfer, la transgression par le sexe et la mort atteint à la plus authentique humanité, la plus bouleversante, celle qu’aucune morale ne contrefait. Avec une liberté absolue de ton, Makenzy Orcel prête voix à tout un monde. « La Petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps ».
Aux lendemains du tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince avec la même force destructrice que la bombe d’Hiroshima, Makenzy Orcel a écrit les Immortelles pour dire la folie de vivre malgré l’épouvante autant que pour livrer le plus insolent témoignage face à l’apocalypse.






Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Les Immortelles est son premier roman.




Vidéo découverte





Cantique des tourterelles d'Ernest Pepin

Au début, je n'ai pas remarqué la beauté de Mélodie. Elle ne se percevait pas d'emblée. Elle ne foudroyait pas. Elle prenait possession de manière progressive avant de s'imposer comme l'empreinte d'un baiser sur des lèvres coupables. Étrange beauté, soulignée par des yeux dont l'ardeur contrastait avec l'aspect voilé des regards. Pas de maquillage. Pas de bijoux. Un parfum discret. Malgré tant de sobriété, il émanait d'elle un magnétisme dont j'ignorais le pourquoi. C'était une femme-piège comme il existe des plantes carnivores... " Ainsi parle la sage Aurore, dont Jérôme, impuissant, observe la métamorphose. Car Aurore est soumise à l'attraction d'un astre plus puissant. Et cet astre est féminin. L'irruption de ce curieux amour menace d'ensevelir ce qui fut l'histoire d'un couple... Dans la langue poétique qu'on lui connaît, Ernest Pépin célèbre l'amour de deux femmes. Un Cantique des cantiques créole, qui est aussi un hymne à la liberté des corps et à la condition féminine.



BIOGRAPHIE ERNEST PÉPIN

Figure de proue de la créolité Ernest Pépin, marque la littérature caribéenne par sa façon moderne d'aborder cette identité issue de multiples cultures. Ernest Pépin commence par enseigner le français avant de mettre au service de la critique sa grande culture littéraire. Ce qui le conduira tout naturellement à présenter une émission sur France 3. Lorsqu'il n'est pas conférencier, Ernest Pépin devient poète. Sort de sa plume sa conception de la créolité qui, pour lui, ne doit pas se replier sur elle-même. Au contraire, elle doit s'ouvrir et assumer les origines qui l'ont construite. Son premier recueil de poésie, 'Au verso du silence', est publié en 1984. Mais c'est six ans plus tard qu'il est reconnu, grâce à 'L' homme au bâton', roman tragi-comique dans lequel Ernest Pépin traite avec humour du folklore antillais. Il réitère son succès avec le recueil 'Boucan des mots libres' en 1991, qui lui permet obtenir le Prix de Las Casas America. Suivent 'Tambour-Babel', dans lequel il est question de la pluri-culture créole. En 1996, 'Le Tango de la haine' parle de jalousie féroce avec mordant. Le reste de son oeuvre alterne poésie et prose créole - 'Cantique des tourterelles', 'Babil du songer'... En 2006, dans 'L' Envers du décor', il détruit le cliché de cette Guadeloupe de carte postale où rhum, insouciance et boubous masquent une réalité bien plus sombre. (Source Evène)